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Leberger: « Ma musique voyage avec moi, elle s’arrête où elle veut, prend ce qu’elle veut »

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Leberger ©saomagazine

Résidant au Tchad depuis maintenant plus d’un mois où il a été invité pour la 3ème édition du festival Koura Gosso, c’est dans le jardin de l’IFT que nous avons rencontré l’artiste Leberger pour cet entretien.

Bonjour Leberger

Bonjour Mbèèèèèèèh !

Qui est le berger ? Quelle est la personne qui se cache derrière le personnage ?

Leberger c’est un berger, c’est Vounou Dougou, un être humain, un animal je ne sais pas trop… sinon c’est tout ce qu’il y’a à savoir (rires)

Comment est-ce que ta carrière a débuté ?

Ma carrière musicale a débuté je ne sais pas trop parce que tout petit j’étais déjà griot. Mon papa me disait de son vivant que « est-ce que tu sais que c’est toi qui nous faisait des p’tits shows à la maison comme ça quand on se rassemblait le soir ? » à l’époque on n’habitait en brousse, il n’y a ni télé, ni courant électrique à la maison et j’étais celui-là qui faisait rire tout le monde, avant d’aller dormir. C’est de là où tout est parti. Maintenant quand je suis arrivé en ville pour les études avec la rencontre des gens, de toute autre réalité, bref, c’est ainsi que tout a commencé.

Aujourd’hui Leberger est un griot, un rappeur, un berger…

Oui, un chanteur et un comédien aussi parce que j’ai suivant plusieurs formations de jeu d’acteur, de mise en scène etc. j’ai plusieurs spectacles de théâtre que j’ai monté, j’ai même commencé à tourner comme comédien et c’est ce qui a commencé à me rapporter de l’argent. C’est  même ce qui m’a permis de financer mes premiers projets de rap.

Moi personnellement je t’ai découvert à la première édition de l’Afrique a un incroyable talent, avec du recul, qu’est-ce que tu retiens de cette aventure ?

C’était une belle expérience, j’ai rencontré beaucoup d’artistes, de bonnes personnes. J’avais bien avant cela commencé déjà les shows télé donc rien de nouveau pour moi. C’était néanmoins une bonne vitrine pour se faire connaitre et gagner en notoriété. Cependant comme c’était une production « amateur », nous n’étions pas payés et moi je vivais déjà de mon art et je devais donc repartir pour la suite mais très vite j’ai pesé le pour et le contre et j’ai décidé de ne pas y retourner. Je n’avais pas de temps à perdre pour ce qui ne me rapporte pas donc…

Parlant de ta carrière où en es-tu actuellement ?

J’ai à ce jour sur les plateformes de téléchargement légal en ligne et sur YouTube 3 chansons : « le son du berger » (2015), « Bouge la tête » (2017) et « on est ensemble ». Juste pour que ceux qui veulent m’écouter déjà puisse le faire. Je n’ai pas voulu commencer ma carrière comme beaucoup le font entrer en studio, enregistrer un album etc. moi j’ai commencé ma carrière différemment, après avoir gagné la compétition Hip Hop Talent Search qui révèle chaque année le meilleur rappeur hip hop talent du Cameroun. J’ai décidé plutôt d’entrer en création avec plusieurs musiciens, j’ai fait tellement de chansons que je ne sais pas si je vais toutes les chanter durant ma vie (rires). Je suis donc entré en création avec des musiciens et j’ai écrit un spectacle 1h30min comportant 13 chansons. Je me suis produit à l’IFC et j’ai fait une belle captation vidéo et ensuite j’ai commencé à tourner avec le spectacle.

Tu débarques à N’Djaména pour le Festival Koura Gosso (pour la 2ème fois) et depuis tu es à N’Djaména. A ce jour, comment vis-tu ton expérience tchadienne ?

Très bien ! Moi je suis un nomade, quelqu’un qui a toujours marché, j’ai toujours vécu différentes expériences c’est ça qui me nourrit, c’est les voyages, c’est les rencontres je me sens chez moi ici. Je suis un berger qui n’est pas là pour donner les leçons, qui n’est pas là pour diriger les gens. Parce que quand je me présente comme berger, on me rattache à Moïse de la Bible, quelqu’un qui dirige, qui est là pour mener les gens quelque part etc. Moi je suis Leberger parce que j’ai grandi derrière les animaux, c’est eux qui ont été mes premiers enseignants. Je n’ai pas voulu me déconnecter de ce personnage-là, de la personne que j’ai été durant mon enfance. Je suis simplement celui-là qui veut partager ses expériences, qui veut aussi beaucoup recevoir des autres car je suis quelqu’un qui est très vide aussi. Je suis Leberger qui veut aller vers les autres, je suis celui qui est derrière, qui suit, qui écoute, qui apprend, qui se laisse guider. C’est ce que je suis venu faire au Tchad, Moundou c’était une deuxième expérience très chaleureuse, avec les enfants, la vie simple là-bas. C’est une découverte, c’est un partage voilà…

Parlant de partage, tu as donné un spectacle au Selesao, comment le public tchadien a accueilli Leberger et son troupeau musical ?

Il y’a une chose que je fais souvent, après mon spectacle, je rencontre deux, trois personnes pour avoir leurs avis sur le spectacle, avoir des avis critiques etc. là pour le coup les retours étaient plutôt positifs, des félicitations, certains ont salué mon humilité etc. le public était réceptif même si je crois qu’il y’a encore des choses à améliorer, je n’ai eu que quelques jours pour répéter avec les musiciens. C’était exceptionnel, j’ai personnellement apprécié ce qui était mon premier spectacle à N’Djaména.

Tu te considères comme un nomade et ta musique comment est-elle ? Est-elle rattachée à une terre ? A-t-elle une origine précise ?

C’est une très belle question ! Ma musique est nomade, c’est pourquoi je l’ai baptisé le hip hop alternatif, c’est vrai que je ne connais déjà pas ce qu’est le hip hop mais si je le définis selon mon contexte, je l’ai baptisé hip hop alternatif parce que dans ce hip hop j’y ajoute tout ce qui va me raconter une histoire à l’oreille : ça peut être les paroles d’un enfant que je trouve agréable, un chant d’oiseau, des cris d’animaux etc. d’ailleurs en tant que berger, les animaux ont été mon premier public. Donc il y’a toutes ses sensibilités sonores que j’ajoute à ma musique. Voilà, donc ma musique voyage avec moi, avec la liberté de s’arrêter où elle veut, de prendre ce qu’elle veut et de continuer son chemin. Elle est même sûrement plus nomade que moi parce qu’elle va où moi-même personnellement je ne suis pas encore allé. Vous y retrouverez des sonorités d’Asie, et c’est ainsi que moi je définis l’art car l’art devrait être quelque chose qu’on ne peut appréhender, qui n’a aucune limite, aucune frontière.

« Passe-moi le micoro » quelle est la philosophie qui  se cache derrière cette expression qui est aujourd’hui ta signature ?

Aucune philosophie ! Il y’a juste une réalité, une petite histoire : quand je suis arrivé en ville, j’ai vu des jeunes comme moi entrain de faire la musique, une musique différente de celle que je faisais en tant que griot et eux ils utilisaient quelque chose qu’ils appelaient le micro pour augmenter le volume de leur voix et moi je ne connaissais pas ça. Alors je me suis approché d’eux et j’ai simplement dit « les gars svp, passe-moi le micoro » une manière pour moi de dire que j’ai aussi des choses à dire et j’aimerai bien qu’on m’écoute, qu’on m’accorde l’opportunité de m’exprimer aussi au micro. Et c’est l’histoire de toute notre jeunesse (étudiant, pêcheur, chômeur, journaliste) qui a besoin de s’exprimer, qui a besoin que leurs voix portent aussi loin que possible. Et j’en ai fait une chanson que j’ai interprété pour la première fois en 2006. C’est ainsi que j’ai intitulé mon album en 2009, nous sommes en 2019 et il n’est toujours pas sorti mais il s’intitulera « passe-moi le micoro »

Quels sont les projets chez Leberger ?

Actuellement j’ai deux propositions de signature en édition, pour l’accompagnement sur la production car moi j’ai choisi l’indépendance dans ma musique. Je suis un berger et un berger se doit de se battre seul, mais je suis ouvert aux partenariats mais je n’aimerai pas être produit car la production t’enferme dans des obligations qui peuvent ne pas être en harmonie avec ma démarche artistique. Je continue de préparer la sortie de mon album que j’aimerai être produit dans plusieurs pays vu que je suis toujours en recherche. Ma musique voyage donc elle a encore besoin de rencontrer des personnes pour murir. Une partie de la production se fera au Sénégal, une partie au Mali, la prémaquette a été faite au Cameroun, mais il y’a encore à faire. Sinon le spectacle « passe-moi le micoro » continue de se jouer et de tourner. L’album est prévu pour 2020, donc on continue de peaufiner les choses.

Tu as beaucoup voyagé, tu es allé au contact de beaucoup d’environnement musical, comme trouves-tu l’environnement, le showbiz tchadien ?

Comme dans beaucoup de pays africains, on a les mêmes problèmes : le suivi, l’accompagnement, les difficultés à se faire écouter, à se produire sur des scènes, à faire de la communication. Ensuite nous sommes aussi souvent pressés de sortir le premier projet, de sortir un album, de faire des spectacles, de très vite vouloir rentabiliser alors que je pense que la musique est plus profonde que ça ! Quand moi j’ai décidé de faire la musique, ma copine elle est partie (rires) ! C’est comme une personne qui trouve un boulot et on lui dit, tu vas te former pendant cinq ans, sans salaire, toi-même tu payes ton transport pour venir et tout ce qu’on te donne c’est la formation et par la suite tu vas devenir un cadre dans l’entreprise, avec un salaire important. Voilà comment tu conçois une carrière. Beaucoup ne la savent pas mais le développement de carrière est un processus qui va sur minimum 3 ans.

Il y’a un sérieux travail de marketing qu’il faut faire pour lancer un artiste, autant sur le contenant que le contenu. Il ne faut jamais négligé le contenant : comment présenter le produit, le packaging qui va avec etc. c’est ce qui manque encore cruellement ici et aussi même ailleurs dans la plupart des autres pays africains à la seule différence que certains mettent déjà le paquet sur le contenant. Sinon il y’a de la création au Tchad, les artistes sont de vrais fous et c’est tout cela qu’il faut canaliser, qu’il faut exploiter. Et on ne le dira jamais assez, il faut une réelle politique gouvernementale d’accompagnement des artistes. Y’a encore pleins de talents bruts ici qui ne demandent qu’à être façonnés, taillés et exploités.

Comment Leberger se voit dans 5ans ?

Leberger se voit en tournée à l’international, ça fait 5ans que je travaille à mon développement de carrière, comment faire consommer ma musique, par quel canal, quelle est ma cible, mon public. Donc dans 5ans, je me vois entrain de tourner avec l’album « passe-moi le micoro », sur des projets avec pleins d’artistes à l’international. Je serai probablement sur une tournée européenne, américaine et asiatique. Parce que cet album n’est pas seulement pour l’Afrique, je vais le rééditer à chaque fois pour d’autres continents. Donc dans 5 ans, on se reverra sur la route.

Merci Leberger !

C’est moi qui vous remercie ! Mbèèèèèèèèèè !

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